Jonathan Janil : 8e mondial avec les Bleus, 5e saison avec Bordeaux

À 31 ans, Jonathan Janil se prépare à disputer son 8e championnat du monde avec l’Équipe de France. Une expérience qu’il mettra au service des Boxers de Bordeaux pour une 5e saison consécutive. Interview avec l’un des cadres de l’équipe à l’analyse précise, comme une lame de patin…

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Tu as été retenu par Philippe Bozon pour disputer ton 8ème championnat du monde « A » en Slovaquie ! Fais-tu partie des meubles, en quelque sorte ?

« Cela ça n’existe pas. Déjà, pendant l’ère Dave Henderson, chaque année je me remettais en question, chaque préparation, j’avais toujours dans la tête que rien n’était fait et que jusqu’au dernier moment je pouvais ne pas faire partie de l’équipe. Et d’autant plus cette année avec le changement de sélectionneur, même si c’est Philippe et qu’il me connaît bien. Et justement, il me connaît bien et peut-être trop bien aussi et il fallait donc lui prouver que si on était là depuis tout ce temps ce n’était pas anodin et qu’il fallait confirmer. Et dans le sport, c’est toujours plus dur de confirmer. C’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé le premier stage, qui s’est bien passé. Chaque saison il faut se remettre en question, d’autant plus avec une nouvelle équipe »

Malgré tout, le fait d’avoir eu Philippe Bozon comme coach durant 3 ans à Bordeaux, n’est-ce pas un atout pour toi ?

« C’est sûr que je sais comment Philippe fonctionne, donc c’est plus facile pour moi de réagir en fonction de lui. Je sais ce qu’il attend de nous dans le jeu. Ce qu’il met en place ressemble beaucoup ce qu’on a connu à Bordeaux. Ça facilite l’intégration dans son système de jeu en Équipe de France et ça permet aussi d’aider les autres »

Est-ce que Philippe Bozon compte sur des joueurs comme toi qui le connaissent bien pour servir de relais avec les autres joueurs ?

« Il ne nous l’a pas expressément demandé. Après, oui, forcément, il attend de nous, si besoin, que sur des aspects spécifiques du système on communique avec les autres, pour les réajustements. Ensuite, des plus anciens, il attend qu’on prenne les choses en main et qu’on tire les nouveaux et le groupe vers le haut« 

Vous êtes tombés dans une poule difficile avec notamment le Canada, la Finlande et les États-Unis. Quel est l’objectif des Bleus dans ces conditions ?

« L’objectif, malgré les changements d’équipes, de sélectionneur, reste identique, que la poule soit dure ou pas. C’est vrai que si on avait été dans l’autre poule, qui sur le papier est un peu plus facile, on aurait pu entrevoir d’autres choses. Mais chaque année, quand on attaque le championnat du monde, on se dit « objectif maintien ». Un maintien ça demande au moins 2 victoires dans la poule et si on peut aller chercher plus loin, pourquoi pas. Une fois que le maintien est acquis, on espère toujours mieux. Les objectifs se dessinent un peu au fil du mondial, au fil des résultats. Mais on est conscient qu’on est capable du pire comme du meilleur et que la poule est relevée cette année. Le maintien est très important. On est bien établis dans ce groupe A et je pense que c’est bien pour tout le monde, pour les joueurs qui y participent et pour l’image du hockey français. Cela dit, je pense qu’on a au fond de nous à cœur de rejouer un jour au moins un quart de finale »

Tu as prolongé ton contrat avec les Boxers de Bordeaux pour jouer une cinquième saison. Qu’est-ce qui t’a convaincu de le faire ?

« Il y a plusieurs éléments qui entrent en compte. Sportivement, il y a l’arrivée d’Olivier Dimet. Je ne le connaissais pas mais je n’ai eu que des bons échos sur lui. Après avoir échangé avec lui, j’ai été séduit par ce qu’il voulait mettre en place, par le fait qu’il veut instaurer certaines valeurs de travail, qu’il vient avec son propre préparateur physique. Enfin à Bordeaux, même si on en a eu de bons avant, on aura un préparateur physique à plein temps. Je l’ai déjà dit, mais plus on vieillit, plus on a besoin de faire attention à son corps. Je ne dis pas que je suis vieux, mais l’idée d’avoir quelqu’un à plein temps c’est un plus pour performer. Tout le projet, le renouvellement, le changement de direction que le club a voulu prendre, ont été des éléments de motivation. Alors oui, ça fait 4 ans que je suis là, on est bien installés avec ma famille sur Bordeaux, on s’est lancé dans des projets familiaux, personnels. Voilà. Même si tout n’a pas été simple pour la signature, des fois il faut savoir peser le pour et le contre et ne pas tout chambouler pour ce qui peut être des broutilles. Moi qui fonctionne beaucoup sur la stabilité, j’y ai trouvé mon compte »

Est-ce que pour toi, la saison dernière est une déception puisqu’elle vient après 2 années avec des demi-finales de Ligue Magnus et de coupes ?

« Dans la logique des évènements, c’est vrai qu’on aurait voulu éventuellement une finale. Mais on est tombé sur un adversaire coriace en quart de finale. Je pense qu’Amiens a fait une très belle saison et qu’en demi-finale, le fait qu’Henri-Corentin (Buysse) soit blessé dès le début de la série a facilité les choses pour Grenoble. Leur gardien remplaçant n’a pas eu beaucoup de matchs à jouer dans la saison, donc son capital confiance n’était pas très élevé au moment d’être propulsé dans cette série. Ce n’est pas injuste qu’on se soit fait éliminer par Amiens. C’est un adversaire qui a eu un début de saison difficile mais qui a été très régulier sur sa fin de saison, qui est allé chercher la Coupe de France. C’est le sport. La série a été très serrée et je pense que pour passer on aurait dû finir ça à la maison au 6e match parce qu’après c’est compliqué psychologiquement de repartir là-bas avec une défaite. On l’a vu, on n’a pas fait le match qu’il fallait. Je pense qu’il ne faut pas avoir de regret, il faut juste se servir de ça, apprendre à gagner ces matchs qui sont capitaux. C’est comme ça que la prochaine fois on va peut-être passer ce palier-là et aller en chercher un autre. Quand je dis ça, je pense aussi au 7e match l’an dernier contre Grenoble en demi-finale. Il faut apprendre à gagner ces matchs-là parce qu’ils permettent de passer des caps et qui nous font aller chercher des choses encore plus belles. Parce que c’est sûr que gagner 4-0 contre Gap, c’est génial, mais là il n’y a pas de pression à 2-0, à 3-0. Mais quand il y a des matchs importants, il faut savoir les gagner. C’est l’apprentissage »

Peux-tu tirer un bilan de ces 4 années passées à Bordeaux ?

« Si je regarde globalement sur les 4 dernières saisons, il y a cette déception de la première où on avait disputé les playdowns. Je pense qu’on aurait dû mieux faire. Après, globalement, le bilan est plutôt positif. Quand on joue des demi-finales de championnat ou de Coupe de la Ligue à l’époque, ça reste positif. La déception, c’est peut-être de n’avoir pas connu une finale. J’en reviens à ce problème de cap qu’on n’a pas su passer dans les moments décisifs. Je pense à la demi-finale en Coupe où on perd en prolongation contre Lyon. Tout ça sert de leçon. C’est une équipe qui est jeune en Ligue Magnus et ça passe par là. Je peux prendre l’exemple de Luciano Basile dans ses différentes équipes. Je me souviens qu’à Briançon c’était monsieur je perds en finale. Il en a perdu je ne sais combien avant d’en gagner 2 ou 3 d’affilée… »

Tu as la tête tournée vers le championnat du monde, mais après il y aura une nouvelle saison qui va arriver. As-tu confiance dans le groupe qui va se constituer, est-ce que tu as des assurances en quelque sorte et quelle ambition as-tu pour cette équipe ?

« Dans un premier temps, comme on est quelques-uns à rester, il va falloir apprendre à connaître Olivier (Dimet), et son préparateur physique. Julien (Desrosiers) va être intégré au staff. Il va falloir voir comment tout cela va être mis en place.  Après, je pense que l’équipe qui va se construire va être basée sur un groupe sain, avec une bonne vie de groupe. C’est vrai que pour l’instant on s’oriente vers une équipe francophone. Je ne sais pas ce que va donner la fin du recrutement. En tout cas, pour l’instant, sur le papier, c’est bien. À Bordeaux, on a une des rares équipes à régulièrement chatouiller les deux cadors du championnat Grenoble et Rouen. On s’est rarement fait « rouster » par ces équipes-là, on est même capable de les battre. Je pense que la dynamique qui est en train de se construire est dans la même veine que celle des autres années, avec peut-être une petite touche qui va changer avec Olivier mais franchement, je suis serein, je n’ai vraiment pas d’inquiétude parce qu’à partir du moment où un groupe vit bien, adhère à un projet commun, il n’y a aucune raison que ça ne marche pas »

Recueilli par Claude Canellas

PROGRAMME DE L’ÉQUIPE DE FRANCE

  • Samedi 11 Mai – 12h15 : Danemark – France
  • Dimanche 12 Mai – 12h15 : États-Unis – France
  • Mardi 14 Mai – 20h15 : Allemagne – France
  • Jeudi 16 Mai – 16h15 : Canada – France
  • Vendredi 17 Mai – 16h15 : France – Slovaquie
  • Dimanche 19 Mai – 20h15 : France – Finlande
  • Lundi 20 Mai – 16h15 : France – Grande-Bretagne

Les matchs sont à suivre en direct sur la chaîne L’Équipe et https://www.lequipe.fr/lachainelequipe/